SD La forme du temps

La forme du temps
L’inexistant en philosophie et en art

Enseignant

Elie During

Objectifs

Suivre le fil du temps pour obtenir une vue en coupe de la culture contemporaine ; en tirer quelques idées neuves susceptibles d’éclairer son propre travail et celui des autres. Tel est l’objectif principal.

On identifiera pour ce faire des figures du temps. C’est ce dont nous manquons le moins : manières de le penser, de le représenter, de le mesurer, de l’organiser, etc.

Mais on s’intéressera surtout à ce qui fait du temps une forme, à la fois évidente et énigmatique, humaine et inhumaine. Une forme, et non simplement un concept ou un phénomène dérivé du fait massivement observé que les choses durent et changent ; une forme qui, on l’oublie souvent, est celle du simultané aussi bien que du successif. Ceci devrait compliquer quelques idées rebattues concernant, par exemple, l’inexorable passage des jours (« Ô temps… »), l’hétérogénéité du temps des horloges et du temps vraiment « vécu », les ravages de l’économie du « temps réel » (24/7), etc. L’enquête se déroulera aussi d’emblée sur le terrain de l’art, pour interroger sa capacité à configurer activement le temps dans des formes sensibles là même où les discours esthétiques ont eu souvent tendance à surinvestir les catégories spatiales. On verra ainsi de quelle manière les formules temporelles de la création artistique donnent un nouveau relief à des problèmes rencontrés dans les parages des sciences humaines, de la physique ou de la philosophie.

Contenu et méthodes

Le cours fera alterner des modules théoriques (« topos ») et des modules plus expérimentaux et interactifs (« cas »). Les premiers enrichiront la culture générale des étudiants et les doteront d’outils conceptuels mobilisables dans des contextes de présentation de leur travail artistique. Les seconds privilégieront la présentation/ discussion d’oeuvres incarnant tel ou tel aspect du temps dans des configurations concrètes. Voici quelques uns des sujets/objets qu’on pourra examiner : Duchamp et la stratégie des « retards », l’invention du temps mécanique, The Clock de Christian Marclay, le goût d’Ernst Jünger pour les sabliers, l’esthétique du simultané (depuis un siècle), Simon Starling sur l’espace et le temps, le « Grand Temps » mythique d’Eliade, le temps Hopi selon Whorf, le temps cubiste, le temps « sphérique » du compositeur Giacinto Scelsi, la durée de Bergson et les devenirs de Deleuze, la prétendue « disparition » du temps en gravité quantique (et déjà, en relativité générale), le temps réel dans les pratiques de performance et dans la vidéo (Kaprow, Abramovic, Opalka, Dan Graham, et tant d’autres…), l’attente, l’oubli (selon qui, déjà ?), l’accélération (avec ou sans Paul Virilio), « ce temps qui ne passe pas » (après Freud), le temps vertical de Gaston Bachelard, le temps scellé de Tarkovski, le temps logique de Lacan, le coup de bâton du maître zen, la « maladie chronique » de Jean Ricardou, le temps friable de Calvino et celui fourchu de Borges, le temps percolant de Michel Serres, le temps flottant de la représentation axonométrique, les théories de l’instant poétique ou du mot d’esprit, le temps de l’art conceptuel, le temps polyphonique de la littérature moderniste, le concept d’hétérochronie, le rétrofuturisme, l’anachronisme, les fonctions du ralenti dans les arts du mouvement, les illusions temporelles en psychologie expérimentale et les troubles de la mémoire, etc., etc. Il faudra bien entendu mettre de l’ordre dans ce vrac, en inventant au besoin une méthode. Mais sur la base d’un premier repérage, on pourra déjà commencer à identifier certains motifs et formats récurrents, logés au sein de la Grande Forme.

Évaluation

Les étudiants seront évalués sur la base de leur participation active au séminaire et d’une proposition de travail écrit ou oral portant sur un format temporel de leur choix.

Année d’études : 5