SD Puissances de l’image

Comment le temps passe

Enseignant

Jacques Aumont

La visée générale de ce séminaire est d’interroger l’image et ses pouvoirs, à une époque où les images sont faciles à réaliser, mais sont reçues dans des flux, au détriment de l’approfondissement du sens de chacune d’elles.

Le séminaire s’attache au contraire à questionner la capacité qu’a toute image de créer des symboles efficients de notre existence et de notre rapport au monde dans tous ses aspects. Cette année, on s’intéressera aux relations entre l’image et le temps.

« Si on ne me demande pas ce que c’est, je le sais, mais si on me le demande, je ne le sais plus » : la fameuse phrase de saint Augustin à propos du temps est toujours valable, et il reste la chose au monde dont il est le plus difficile de parler. Nous ne nous intéresserons pas directement aux philosophies du temps, mais aux différentes manières dont on peut l’incarner dans des images.

Durant le premier semestre, il s’agira de commenter des « images du temps » – formule vague qui peut recouvrir bien des situations. Nous sommes aujourd’hui totalement accoutumés à un double mode, celui de l’instantané (photographique à l’origine) et celui de la durée et du rythme (cinématographique), et ce partage sera évidemment au coeur de notre réflexion. Mais il sera important aussi de se demander comment se manifeste dans les images notre vécu spontané du temps comme structuré en un présent qui découle du passé et mène vers l’avenir.

En un semestre, on ne pourra pas faire le tour d’un problème aussi complexe. Nous travaillerons à chaque séance sur un « cas » différent, illustré d’exemples dont un ou deux seront analysés plus en détail (en général, des exemples d’image mouvante : cinéma, vidéo, avec le souci permanent de répondre aux questions de l’art actuel – pour lequel le temps est un enjeu essentiel et permanent).

Au second semestre, on s’intéressera non plus à la façon dont une image peut « représenter » le temps (ou l’inscrire en elle, ou l’incarner…), mais au temps qui est requis par la réception d’une image. Là encore, les situations sont extrêmement variées, depuis l’image peinte qui laisse au spectateur la liberté de la regarder durant quelques secondes ou plusieurs heures, jusqu’aux variétés de l’image en mouvement, qui en principe prescrivent un temps qui serait le même pour tous les spectateurs.

Nous interrogerons donc les dispositifs de présentation des images.

Le dispositif cinématographique reste le plus simple à décrire, mais il n’est pas aujourd’hui le plus courant, et nous aurons à nous demander comment les images de l’art contemporain résolvent cette question, en inventant des dispositifs qui jouent à la fois sur la proposition au spectateur d’un temps mis en forme et sur la liberté qui lui est donnée d’accepter ou non cette proposition.

Comme au premier semestre, il s’agit d’un ensemble de questions vaste et complexe, qu’on ne traitera pas exhaustivement, et là encore, on choisira des cas remarquables. Dans toute la mesure du possible, on commentera des expositions (ou des films) visibles à Paris (ou, mieux encore, des travaux d’étudiant.e.s ayant affronté cette question du temps de/dans l’image).

Évaluation

Chaque participant.e sera prié.e de présenter, oralement ou par écrit (ou autrement), une oeuvre d’image ou un petit ensemble d’oeuvres, choisie(s) librement, de préférence dans sa production personnelle, pour y mettre en évidence un « rendre visible » du temps.

Année d’études : 5