ARP : séminaire ART RECHERCHE PRATIQUE

Croiser les expériences et les univers est un principe fondamental du programme. C’est selon cette logique que sont organisées les rencontres animées par la responsable du 3e cycle, Marie José Burki. Leur objectif est de créer un dialogue avec des intervenants issus des milieux artistique ou culturel (artistes, commissaires d’expositions, critiques, historiens, conservateurs, directeurs de musées, écrivains et éditeurs) autour d’une question commune qui touche directement aux préoccupations des artistes du programme. Ces rencontres s'organisent selon le même schéma : un premier temps est consacré aux échanges et aux discussions avec les invité.e.s, et un second temps est dédié à des entretiens individuels avec les artistes. De plus en suivant cette logique, des journées d’étude, qui favorisent l’interdisciplinarité, sont organisées, parfois en partenariat avec des institutions telles que l’ENS, la Fémis, etc...

Le programme s'articule autour de 3 axes :

Où se loge la théorie dans l'art ?

L’objectif de cette question n’est pas d’opposer le discours à l’objet, la théorie à l’art, ce qui nous intéresse c’est le « où » ; partir sur les traces de ce « où », le repérer, et pour utiliser une expression à la mode, cartographier des occurrences du « où ». Si la théorie est le fait de la parole pour le penseur, l’historien ou le philosophe, pour l’artiste elle se loge dans des formes. Or on le sait, les matériaux opèrent des résistances : résiste le pliage du métal, résiste la toile, résiste le néon, l’objectif, le trépied, résistent aussi les mots. "Où se loge la théorie dans l’art ? " Nous partons de l’hypothèse que l’art dans sa singularité, de manière pragmatique, expérimentale et diverse, porte en lui certains effets théoriques. Selon le principe du programme, ces rencontres sont basées sur un échange critique.

Une première intervention de Paul Bernard, conservateur au MAMCO à Genève, à propos du peintre René Daniëls, a inauguré cet axe de réflexion. Des motifs identiques se répètent dans le travail du peintre. Ces motifs, d’apparence simple, revêtent en réalité une multitude de strates signifiantes, projetant notamment la critique institutionnelle dans le champ pictural.

Une autre rencontre a prolongé la cartographie du "où". Elle a été organisée en collaboration active avec les artistes du programme. Elle s’intitulait "Où se loge la théorie dans l'art ? Dans la culture populaire". Agnès Gayraud (professeure de philosophie à la Villa Arson) a interrogé, à partir de son livre Dialectique de la culture Pop, le dialogue entre art et théorie dans la musique Pop. Pierre Alferi (professeur d’histoire de la création littéraire, Beaux-Arts de Paris) a soulevé la question d'une esthétique propre aux séries Z.

Une nouvelle occurrence du "où" est étudiée dans une rencontre future organisée autour de la question de la voix ; la voix comme médium artistique ou comme méthode. La voix, les voix, des voix, seront interrogées dans leurs usages créatifs mais aussi scientifiques. Comment les artistes ou scientifiques font-ils usage des matériaux collectés ? Quel rôle prend l'oralité ? Ce prisme nous permettra ainsi d'aborder la question de la collecte, de l'utilisation du rendu des sources orales dans un travail de recherche.

Développer/Montrer

Un deuxième axe de réflexion porte sur l’espace même de la production et de diffusion de l’artiste. Comment qualifier aujourd’hui les lieux de travail et d'exposition de l’artiste si variés dans leur configuration : portatif (ordinateur), virtuel (internet), physique (atelier), matériel (table), intime (chambre), collaboratif ou partagé (galerie, musée). Quels dialogues s'instaurent entre ces espaces et quels échanges se créent avec les œuvres ?

Cette réflexion est menée en étroite collaboration avec les artistes du programme pour qu'elle entre en résonance avec leur propre travail et leur propre pratique de l’exposition. Cela a été le cas lors de rencontres autour de l'histoire et des pratiques contemporaines de l'exposition intitulée "Forme, Dispositif ou Circonstance, histoires et pratiques de l’exposition". L’importance croissante de l’exposition en tant que forme et dispositif, voire en tant qu’œuvre à part entière, son ampleur dans le discours sur l’art, ainsi que les développements des recherches sur l’histoire des expositions ont été les moteurs de ces rencontres. L'histoire s'est longtemps jouée à l'échelle des œuvres, des artistes ou des mouvements artistiques. Or, depuis une vingtaine d'années, de nombreuses études ont démontré le passage d'une position de second plan de l'exposition à un rôle plus central. Le nouveau statut accordé aux expositions, qui influent désormais sur les œuvres mêmes pour devenir un genre voire une forme artistique autonome, s'écarte de la neutralité supposée d'un espace de monstration. Des personnalités diverses telles que l’historien de l’art Vincent Normand, des conservateurs, Anna Pravdová et Penelope Curtis, et des artistes, Isabelle Cornaro, Benoît Maire et Harald Thys, sont intervenues pour repenser les formats des expositions, en abordant les nouveaux partis pris muséographiques, les nouveaux enjeux du commissariat d’exposition et les dispositifs de scénographie nouvellement mis en œuvre.

Usage et exposition du document

La question du document suscite un vif intérêt auprès des commissaires d’expositions comme auprès des artistes. Un écrivain ou une œuvre littéraire est à la source d’une exposition, un dispositif artistique émerge à partir de récits historiques, le cinéma se retrouve exposé.

Cette réflexion a débuté avec l'exposition « Grosse kleine Welt – petit grand monde » (19 octobre-20 décembre 2018, Palais des Beaux-Arts), dédiée aux microgrammes de Robert Walser. L’exposition voulait mettre en évidence les qualités visuelles des microgrammes et rendre compte de l’intérêt manifeste que Robert Walser, écrivain, portait aux images.

En relation avec l’exposition, des rencontres (22 novembre 2018) pluridisciplinaires ont pris pour point de départ la matérialité de l’écriture de Robert Walser pour s’interroger sur l’acte d’écrire lui-même et sur le tracé, comme un révélateur des liens entre l’écriture et le dessin. Des écrivains, des artistes, des universitaires et des critiques d’art ont échangé leurs perspectives sur les microgrammes. Un ouvrage, publié aux Editions des Beaux-Arts de Paris en octobre 2019, réunit des vues de l’exposition et les contributions de ces intervenants.